Jesca Hoop – Le sens de la hauteur

Jesca Hoop

Hasard du moment ou paradoxe temporel, l’ironie veut que mon coup de coeur de ce mois-ci est sorti…depuis presque un an. Pas faute, pourtant, après son renversant album Hunting my dress, d’avoir tenté de prendre des nouvelles de Jesca Hoop dès que j’en avais le temps. Mais, et vous le savez aussi bien que moi, avec le temps, un artiste devient parfois comme une bonne vieille connaissance: si l’on s’en éloigne ou que l’on oublie la date de son anniversaire, ça n’est jamais volontaire. Tout ça pour dire que je suis content que le karma m’ait donné des nouvelles, même tardives, de la belle Jesca. La californienne n’a rien perdu de sa fougue et de sa folie latente. De sa poésie aussi. Elle continue de traverser les dimensions de l’indie folk avec une vertigineuse acuité.

Sensuelle et polymorphe, vibrante et organique, sa musique construit de beaux et troublants édifices en mêlant à ses fondations les liaisons complexes qui peuvent exister entre le rêve et la réalité. Avec la sensation, étonnante, bouleversante, que sa voix (dois-je préciser de toute beauté ?) vous transporte et vous accompagne le long d’un parcours de vie. Le sien sûrement. Le vôtre aussi…Parce que The house that Jack built n’est rien de plus qu’une accumulation de plusieurs petits contes existentiels, et relatifs à ce qui construit l’essentiel de nos identités : l’enfance et le deuil. Avec, entre ces points extrêmes de départ et de fin, un territoire mélodieusement démentiel qui semble s’étendre au fur et à mesure que les souvenirs s’ajoutent les uns aux autres. Oui, comme dans la vie.

Aussi n’est-il pas étonnant que Jesca Hoop inaugure son disque avec Born to, une chanson qui vous oblige à fermer les yeux et à écouter avec le coeur. A l’auditeur de choisir sa destinée le long de l’écoute…

Donner de la voix sans s’époumoner, tel est également l’atout de Jesca Hoop qui réussit là où -il faut le reconnaître- Florence and the Machine et Bjork ont échoué sur le long terme. Comprenons-nous bien, Jesca Hoop ne singe ni l’une ni l’autre, mais module la puissance de ses octaves selon son bon vouloir. Et de manière toute aussi admirable que ses pairs à la renommée plus assise. Sans lasser ou casser les oreilles, Jesca Hoop recherche en permanence un rapport physique qui fasse de l’écoute le plus stimulant des sens. Ce n’est pas le tout d’avoir une voix puissante, ou atypique, ou bien même de vouloir sempiternellement brouiller les pistes pour construire une carrière; faussement rétro, son Ode To Banksy ne parle d’ailleurs que de cela. De cette force obscure que possède l’art à vouloir ne jamais révéler tout ce qui semble apparent. Donc acquis comme tel…Comme dans la vie ? Oui, encore une fois.

L’important n’est donc pas de savoir vraiment d’où l’on vient mais de garder en tête où l’on arrive. On a tendance à l’oublier et à le relativiser, mais le chemin parcouru avant la destination finale est le plus important. Le plus sacré. Qu’il soit traversé en bonne compagnie, la meilleure qui soit, le plus longtemps possible. Les yeux rivés vers le meilleur, le coeur dans le sens de la hauteur.

Jeoffroy Vincent

The_House_That_Jack_Built_(album)A bon entendeur

The house that Jack built (Bella Union), disponible depuis le 25 juin 2012. En écoute ici.

Le site officiel de Jesca Hoop

Crédit photos: Bella Union