Cinq raisons de regarder Breaking Bad

Publié le Mis à jour le

Avec Mad Men dans l’autre coin de la lucarne, Breaking Bad est la grande production phare de la chaîne AMC. De retour le 15 juillet 2012 sur le petit écran américain, pour une cinquième et dernière saison attendue de pied ferme, c’est l’œuvre de toute une vie pour Vince Gilligan, ancienne plume formée sous l’écurie de Chris Carter (The X-Files), qui s’achève. Entre une assurance narrative hors du commun et une esthétique très poussée, on avance cinq raisons de (re) découvrir ce chef-d’œuvre  noir et désespéré.

Walter White, guettant lui-aussi la diffusion de la saison 5

Pour son point de départ

A celles et ceux qui seraient complètement passés à côté de cette grande œuvre télévisuelle de ce début du XXIème, faisons preuve de mansuétude et commençons cet article avec le résumé (rapide) de Breaking Bad. Breaking Bad, donc, narre les tribulations du professeur de physique Walter White et de son ancien élève Jesse Pinkman, deux apprentis voulant jouer aux grands sorciers, reconvertis dans la création et la vente de méthamphétamine après que Walter ait été diagnostiqué d’un cancer incurable des poumons.

Contrairement à Weeds, autre série illustrant un personnage ordinaire se lançant dans le marché de la drogue et avec laquelle elle a souvent été comparée à ses débuts, Breaking Bad se détache rapidement de son parti pris narratif, véhiculé par une situation d’urgence et de crise. Lorsque Nancy Botwin décide de devenir le fournisseur en marijuana d’Agrestic, petite banlieue californienne de bon aloi, elle le fait pour maintenir son haut niveau de vie. Il faut dire que le fait de combiner deux emplois pour subvenir aux besoins de sa famille, en plus de voir ses jours comptés, sont autant de motifs légitimes pour choisir la voie de l’illégalité.

Par conséquent, si l’on peut moralement condamner les choix du personnage, on peut en revanche en comprendre les raisons et les fondations premières. Walter est, quelque part, une graine involontaire de la réussite américaine : une graine qui n’aurait pas poussé dans le bon sens mais en suivant le même processus que celui vanté par le rêve américain.

Pour le principe d’incertitude

Restons, voulez-vous, dans le domaine narratif. Les fans de la série le savent, et on ne vous dévoilera rien en vous disant que pour évoluer dans ce monde merveilleux de la drogue, Walter White se choisit le patronyme d’Heisenberg. Si vous cherchez à briller brièvement en société, après avoir potassé les grandes lignes fournies par Wikipédia, sachez que Heisenberg est un scientifique allemand ayant développé « le principe d’incertitude ».

On ne va pas vous faire la leçon sur ce qui définit ce principe par nature indéfinissable. En revanche, on vous dira que la série s’appuie fortement sur la logique de la théorie du chaos pour construire des trames scénaristiques chocs, riches de rebondissements qu’on ne voit jamais venir, même en étant aux aguets, et qui vous retournent le cœur et le cerveau.

Pour sa distribution

Non, il n’y a pas que Bryan « la machine à récolter des Emmy du meilleur acteur » Cranston qui vaut à lui seul de regarder Breaking Bad. On ne va pas pinailler, Cranston livrant une performance tout de même assez hallucinée, mais si l’on met de côté les personnages de Skylar et Marie (assez irritantes), il y a une galerie de personnages et de seconds rôles uniques qui vaut également de s’accrocher aux branches.

"Better call Saul !"

A) Saul Goodman, avocat dont la réputation est aussi lâche que son postiche ; véreux jusqu’au bout des ongles, il permet d’entretenir la tonalité absurde et désespérée d’un récit qu’on aime mouvementé.

B) Hank Schrader, beau-frère de Walter et sorte de double nigaud de Vic McKey (The Shield). Passés ces a priori, c’est un personnage que l’on prend énormément en affection et dont la persévérance à vouloir traquer Heisenberg est similaire à l’entrain que l’on manifeste aux sportifs endurants et valeureux : on met de côté leurs erreurs et on souhaite qu’ils gagnent.

C) Jesse Pinkman, bras droit de Walter malmené par ce dernier, cherchant sans cesse et où il le peut une approbation qui ne s’inscrit jamais dans la durée. Sans doute le personnage le plus humain de cette virée chaotique.


Pour sa cinématographie

Mike et Jesse, prenant des poses cinématographiques

Dans ses interviews, Vince Gilligan cite facilement comme influences les frères Coen et Sergio Leone.  A en juger le soin apporté aux couleurs et à l’évolution dans l’espace (qu’il soit celui d’un laboratoire confiné ou l’errance dans les grandes plaines désertiques du Nouveau-Mexique), on le croit aisément. En plus d’une combinaison explosive associant western noir et polar psychologique, Breaking Bad manie un style visuel de si belle ampleur qu’elle gagnerait, sans aucun doute, à être projetée sur grand écran.

Si quelqu’un lit ces lignes et pompe l’idée, on ne lui en tiendra pas rigueur…

Pour ne pas mourir idiot

Mike, en attendant l’idiot…

Qui l’eut cru ?  Malgré un sujet on ne peut moins glamour (la chronique d’une mort annoncée), Breaking Bad ira même jusqu’à faire des émules à la télévision ; Showtime produisant quelques années plus tard la série The Big C, comédie dramatique avec Laura Linney dans le rôle d’une femme en phase terminale, avant que Starz ne remette quasiment le même sujet sur le tapis, mais dans le milieu politique, avec la série Boss.

Breaking Bad a beau être louée de toutes les parts de la critique, accumuler les récompenses depuis sa création, elle reste toutefois une œuvre difficile et au succès confidentiel ; entre 1,5 et 2 millions de téléspectateurs par épisode (aux USA) et Arte qui a fait le job à la place de Canal + en diffusant la série en deuxième partie de soirée. AMC cherche déjà un successeur à son laudatif poulain qui entame sa dernière trajectoire sous les projecteurs des sériephiles accros. Sans doute est-ce la raison pour laquelle cette course est coupée en deux et  s’achèvera en 2013, en nous laissant (on l’espère) sur le postérieur, la mâchoire béante.

Bref, à un mois et demi de la reprise, vous l’avez compris:  si vous avez une place vacante sur votre étagère à DVD, quelque part entre Les Soprano, The Wire et Lost, on vous recommande de cassez votre tirelire et de vous fournir les trois saisons éditées en DVD. Votre meuble aura meilleure allure.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Breaking Bad (2008, USA). Série dramatique créée par Vince Gilligan et diffusé aux États-Unis depuis le 20 janvier 2008 sur AMC.

Avec Bryan Cranston : Walter « Walt » White, Aaron Paul : Jesse Pinkman, Anna Gunn : Skyler White, Dean Norris : Hank Schrader, Betsy Brandt  : Marie Schrader, RJ Mitte : Walter White Jr , Bob Odenkirk  : Saul Goodman, Giancarlo Esposito : Gustavo « Gus » Fring, Jonathan Banks : Mike Ehrmantraut.

Le site officiel de Breaking Bad

©photos AMC/ Sony

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