Batman -The Dark Knight, so bath

Publié le Mis à jour le

Aujourd’hui, nous n’allons pas parler de l’adaptation cinématographique d’une série populaire des années 90 (fans de 21 Jump Street, suivez mon regard) mais s’en servir comme un argument suffisamment consistant pour fournir notre article du jour. Peut-être avez-vous entendu dire que le très attendu The Dark Knight Rises sortait sur les écrans le mois prochain ? Peut-être même avez-vous déjà vu les deux premiers films de la saga revisitée par Christopher Nolan : Batman Begins (assez paresseux) et The Dark Knight (assez époustouflant) ?

Donc ceci ne sera pas un papier censé combler le temps d’attente entre la sortie du dernier volet de la trilogie ni une relecture de la franchise cosignée par Tim Burton et Joel « le tâcheron » Schumacher. Mais un hommage, modeste, à une série télévisée déjantée qui fut adaptée sur grand écran. Et qui a tendance avec le temps à n’être remémorée qu’au sein d’échanges entre passionnés noctambules.

Batman : une chauve-souris dans la lucarne

Ceux qui ont grandi en regardant les émissions Samedi Dynamite  ou, un peu plus tard, Continentales ont probablement (re)découvert cette improbable série qui fut diffusée par ABC pendant trois saisons, de 1966 à 1968. Improbable parce qu’elle met carrément au placard la tonalité sombre de la BD originelle – comme son atmosphère proche du roman noir ou le traumatisme de Bruce Wayne suite au décès de ses parents – pour n’en garder que le côté serial, c’est-à-dire un rythme narratif à rebondissements centré autour du Dynamic Duo. Les épisodes étaient tous construits de la même façon : sur deux épisodes, un vilain faisait son apparition et causait du tort à une police dépassée par les évènements. Afin de contrer les plans machiavéliques du méchant de la semaine, le commissaire Gordon appelait Batman et Robin à la rescousse. Entre les deux épisodes, un cliffhanger mettait en scène le duo au-devant d’une mort plus ou moins horrible (asphyxie, mutilation et toutes sortes de décès douloureux) que Batman finissait, évidemment, toujours par contrer.

En plus d’une esthétique volontairement en toc, Batman élevait le grotesque au rang d’art. Entourés de musique groovy et de couleurs fluos, les acteurs (Adam West et Burt Ward)déclamaient des dialogues nigauds et naïfs (les fameux «Holy quelque chose» de Robin) avec beaucoup de sérieux. Ce qui donnait à la série un caractère gamin assurément cocasse. Alors qu’à la même époque, Chapeau et melon et bottes de cuir se faisait l’écho de la pop culture des années 60, Batman devenait déjà la série de cette contre-culture, se moquant des poses et des attitudes. Succès d’audience oblige, tout le gratin d’Hollywood se bousculait pour y apparaître. Ainsi donc, lorsque Batman et Robin utilisaient le bat-grappin (histoire de monter sur le mur des immeubles sans efforts), on pouvait voir Jerry Lewis, Bruce Lee, Edward G. Robinson ou Sammy Davis Jr ouvrir la fenêtre et échanger quelques bons mots de soutien avec le Dynamic Duo. L’illustre réalisateur Otto Preminger (L’homme au bras d’or, Autopsie d’un meurtre) remplaça lui-même au pied levé George Sanders pour interpréter Mr Freeze. Comme quoi le kitsch peut attirer du beau monde…

« Holy screen : Batman is a movie now ! »

Et, comme l’audience était au rendez-vous, et que la série devenait un phénomène culturel, un film fut décliné sur grand écran entre la fin de la saison 1 et le début de la saison 2. La tonalité et l’esthétique restèrent les mêmes mais, au lieu d’avoir un vilain, le film proposa de réunir, excusez du peu, les quatre méchants notoires de l’univers du comics: le Joker, le Pingouin, Le Riddler et Catwoman.

Cadrages décalés, situations cartoonesques poussées jusqu’aux confins d’un humour au troisième degré… le film ne tenait guère compte d’une intrigue pouvant se résumer sur une feuille de tabac au profit d’une multiplication de gags. Au point de redéfinir carrément l’entière identité du personnage, sorte de balourd à la bedaine un peu démago, ne rendant justice sans doute uniquement parce qu’il n’a rien d’autre à faire en dehors du manoir Wayne.

Jugez plutôt, à l‘issue de cette scène du film dans laquelle Batman essaye de se débarrasser d’une bombe, la petite morale:

A sortie en juillet 1966, Batman fonctionna mais en deçà des attentes des producteurs qui retournèrent directement utiliser leurs recettes à la télévision. Après quelques soixantaine d’épisodes et une certaine lassitude plus tard, la série fut annulée dans une relative indifférence. Avec les ans, elle acquit de nouveau un statut culte et, même avec la relecture plus adulte établie par Tim Burton, elle reste un objet de fascination plus que de railleries. Le film fut édité en DVD dès 2002 mais, pour des raisons obscures de droits, la série ne l’est toujours pas. C’est regrettable.

On peut donc prendre un temps de pause et s’aérer le cerveau devant cet OVNI trublionesque du 7ème art. En attendant l’ultime charge crépusculaire qui arrivera sur nos écrans le 25 juillet prochain.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur :

Batman (1966, États-Unis, 104 min).

Réalisé par Leslie H. Martinson. Avec Adam West (Bruce Wayne / Batman), Burt Ward (Dick Grayson / Robin), Julie Newmar (Catwoman),Cesar Romero (The Joker), Burgess Meredith (Le Pingouin), Frank Gorshin (The Riddler), Alan Napier  (Alfred).

Sortie en France le 6 septembre 1967.

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