Fiona Apple – le goût du mystère

Publié le Mis à jour le

Elle a commencé sa carrière à 19 ans. Avec Tidal, tour de force musical et émotionnel, Fiona Apple entrait dans la cour des grands. Éclipsée commercialement par Sheryl Crow ou Alanis Morissette, Fiona Apple a poursuivi sa carrière en construisant une discographie à contre-courant des critères. Mélodiste talentueuse et éblouissante chanteuse, elle revient avec un quatrième album accompli.

© Daniel King

C’est une artiste rare. Au sens temporel du terme. Rare également parce qu’exigeante, refusant de se plier au diktat des radios et livrant souvent des chansons longues, qui toisent malicieusement l’architecture habituelle du couplet-refrain-couplet. Sept ans que Fiona Apple n’avait pas livré de disque. Dans le monde de la musique actuelle, où la crise est sur toute les bouches et incite à vouloir se faire entendre sous toutes les formes possibles, c’est presque une mise en retraite. Loin, pourtant, d’être une stratégie (voir* ci-dessous), cet espacement entre deux sorties devient une sorte d’évènement. Quelque chose d’attendu. Et force est de constater que ces pauses récurrentes sont pour Fiona Apple la meilleure des inspirations.

C’est une fois de plus les tourments du cœur et de l’esprit qui sont au centre de The Idler Wheel, quatrième opus réalisé avec la complicité fidèle de Jon Brion. A la fois intimiste et extravagant, le piano -instrument fétiche d’Apple- dessine des contours bariolés, mystérieux et oniriques, sur une carte du tendre contrariée, qui trouve avec une voix toujours impressionnante le guide d’une excursion combative. De femme contrariée, la chanteuse laisse son imaginaire sentimental revêtir au fil des titres diverses parures (Daredevil, Werewolf), ce qui ne manque ni de singularité ni d’audace. La mise à nu est bien là mais, au lieu d’être plaintive, elle est revendicative, parfois brutale, totalement magnifiée dans un tourbillon fantastique.

Et Fiona Apple de rappeler que sa voix peut tout aussi bien impressionner qu’inquiéter.

Écoute de Left alone

Plus que dans l’opus précédent (Extraordinary Machine, 2005), Fiona Apple cherche à se mettre en danger. A créer la surprise, à brutaliser les tendances artistiques qui voudraient nous faire croire, par exemple, qu’il suffit d’ajouter un peu d’électro dans de la pop pour paraître créatif. La voix en avant, Fiona Apple privilégie toujours un relief maîtrisé qui confère paradoxalement à ses compositions une certaine et insolente liberté.

A défaut de pouvoir mieux la qualifier, on dit de Fiona Apple qu’elle est une chanteuse de pop. C’est, on vous l’accorde, totalement réducteur. Sans doute est-ce pour cela qu’on aime cette artiste qui échappe aux étiquettes. Parce qu’elle continue de cultiver une aura mystérieuse sans jamais s’en donner l’air.

*: En 2003, la maison de disques Sony annule la sortie de Extraordinary Machine, enregistré en 2002, sous prétexte qu’aucune chanson ne peut passer en radio. Une mobilisation des fans de Fiona Apple s’organise pour faire pression et valider la sortie du troisième album. Extraordinary Machine sortira en octobre 2005.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

The Idler Wheel (Clean State/Epic), disponible depuis le 18 juin 2012. En écoute ici.

Le site officiel de Fiona Apple

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