Sun Kil Moon, au-dessus de la mêlée

Publié le Mis à jour le

Deux ans après Admiral Fell Promises, Sun Kil Moon, le projet en parallèle de la carrière solo de Mark Kozelek, publie un sixième album intitulé Among the leaves. Un disque riche de dix-sept pistes où, depuis un blues électrique jusqu’à un folk aérien, l’acoustique est une reine magnifiée et sans cesse sublimée.

Les années passent et les disques de Mark Kozelek se ressemblent : sensibles, délicats, merveilleux. Mark Kozelek, c’est l’homme derrière Sun Kil Moon, le  projet parallèle en solitaire de ce chanteur-guitariste américain féru d’acoustique. Autrefois âme inspirée des Red House Painters, groupe rock à l’électricité volatile digne de Neil Young, Kozelek s’est ensuite retranchée derrière une carrière solo entièrement dédiée au folk. Merveilleux songwriter, reprisant à l’occasion des titres de AC/DC, des Jackson Five ou Modest Mouse à sa sauce acoustique, Kozelek demeure un génie ignoré qui continue, pourtant, de livrer des disques rares que (presque) personne n’écoute. Autant de raisons pour parler de ce nouveau disque, Among the leaves, sorti en mai dernier sur le label Caldo Verde Records.

Deux ans après Admiral Fell Promises, précédent album chroniqué par nos soins ici, Kozelek poursuit sans démériter ses arpèges élégants sur ses guitares alanguies. Reprend quelques notions de fado disséminées notamment sur l’album April et entretient, sans relâche, cette tradition ancestrale qui veut que le folk ne peut être entièrement enthousiaste sans rejoindre les rives mélancoliques d’un blues fatigué. Aux oreilles, les chansons apparaissent bien souvent comme facilement construites.  Mais force est de constater qu’au fil de ces 17 pistes (!), ce prodige de l’épure a l’art de tisser paradoxalement des mélodies lascives et puissantes.

C’est de ce paradoxe qui oppose les forces contraires que ce sixième album chavire une fois de plus l’âme de l’auditeur déjà convaincu. Certes, sur les dix-sept titres, tout n’est pas du même niveau. Mais quel niveau ! Sans sombrer dans certains clichés folks (la barbe, l’harmonica, les accords faciles ou les refrains à l’emporte-pièce), Kozelek nuance souvent ses cadences, les étire, les fait respirer, et élève ainsi le genre vers des sommets de beauté. Comme dans la chanson Sunshine in Chicago, où Kozelek se livre avec beaucoup d’honnêteté à la fois sur son statut d’artiste et sur son père. Une perle ensoleillée exquise et délectable qui a, pourtant, le goût parfois amer de la nostalgie.

Les fans (dont le réalisateur Cameron Crowe s’il vous plaît) préfèreront sans doute la grandeur des albums April ou Admiral Fell Promises à ce Among the leaves. Mais, même en signant un disque à l’inégal éclat, Mark Kozelek garde encore une science magistralement superbe de l’harmonie face à tous ses principaux concurrents (Bon Iver, Ben Howard, Joe Purdy…). Et réussit, encore et malgré tout, à séduire le mélomane éternellement en peine…

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Among the leaves (Caldo Verde Records), disponible depuis le 29 mai 2012.

Le site officiel de Sun Kil Moon

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