Rolling Stones – Jusqu’où ça roule ?

En guise d’anniversaire, The Rolling Stones publie le 12 novembre prochain un royal best-of intitulé Grrr!  Histoire de dire que, cinquante ans après le début de leur carrière, tout continue de rouler. Stop ou encore ?

Je crois que c’est Ben Harper qui disait qu’il n’y avait rien de pire qu’un rockeur vieillissant. Honnêtement, on n’a presque pas envie de lui donner tort. Peut-être parce que le rock n’aime rien tant que de se repaître de comètes foudroyées en plein vol, avant la trentaine, ou en plein cœur de leur carrière artistique. Et si ce n’est pas la mort qui se charge du travail, c’est invariablement une guerre d’égos qui prend le relais ; le leader prenant généralement le soin de claquer la porte, histoire de partir sur une carrière solo et revenir parmi ses «amis», si par hasard un gros chèque est agité devant ses yeux repentis.

Peu sont les rockeurs qui vieillissent bien. Entendons par là des musiciens qui se bonifient avec le temps et qui rangent, sans fards ni paillettes, les casseroles artistiquement discutables dans un coin oublié. Neil Young est de ceux-là. Et franchement, à part lui, je ne vois personne d’autre. Peut-être Robert Plant tiens. Mais personne qui n’aurait véritablement survécu au tumulte bouillonnant que furent les années 60/70 (Joplin, Hendrix, The Clash, Led Zeppelin, The Doors… la liste est longue et étourdissante). A une époque où l’on encense la nostalgie des décennies passées, où des formations phares tentent un come-back commercial (fans de No Doubt, Garbage, The Cranberries ou Supertramp, suivez mon regard), bref dans tout ce marasme où passé et présent se confondent pour ne plus rien inventer, les Rolling Stones ont fêté en juillet dernier leur cinquante ans de carrière. Cinquante ans. Rien que de l’écrire, bon sang, ça fait drôle. Il y a bien eu des rumeurs de concerts exceptionnels fomentées pour l’occasion mais les Stones ont tout démenti. Niet, nada. Pour voir Mick se déhancher et Keith tâter du solo cigarette au doigt, faudra repasser…

Mais, depuis le 4 septembre, c’est officiel, les Rolling Stones vont sortir un disque. Enfin presque : disons que la bande de Jagger va publier avec Grrr! un greatest hits de luxe. Encore un, l’argument étant d’avoir passé quelques jours ensemble dans un studio parisien et d’avoir enregistré deux titres inédits. Trois disques, plusieurs formats, autant de façons de revisiter un répertoire que l’on connaît par cœur. Mouais. Plutôt grommeler que de hurler de joie… Si l’on doit compter parmi les dernières véritables sorties de disques, il faut remonter à 2005 (A bigger bang) et à 1997 (Bridges to Babylon) pour que le groupe ait proposé autre chose que des rééditions ou des archives de fond de tiroirs. Si on était totalement honnêtes, on dirait que le groupe aurait dû se séparer après la sortie d’Exile on Main Street, chef d’œuvre érigé à la gloire d’un rock-blues crasseux, déjanté et charnel. Excellente synthèse de l’esprit décadent qui régnait sur une formation qui s’est rapidement essoufflée par la suite. La faute aux excès ? Aux effets de mode ? Aux gros sous ? Un peu de tout ça ; Mick Jagger effectuant une chaotique carrière solo (avant de sombrer dans la léthargie attractive de la Jet Set) pour vite revenir vers ses copains zicos. Pas très rebelle comme attitude.

Tout ça pour dire quoi ? Qu’on aimerait que les rocks stars arrivent à s’arrêter. Sur scène et dans les bacs. Ce devrait être dans tous les contrats. Au diable d’ailleurs les obligations avec les maisons de disque, les retraites luxueuses et les impôts à payer financés sur l’héritage du passé. J’aime les Stones mais, comme c’est le cas pour d’autres formations rock, l’illusion n’est plus crédible. Même Johnny «l’idole des jeunes» subit les vicissitudes de la vie. Voir les cheveux de  blancs de Charlie Watt ou les rides grimacières de Keith Richards me provoquent plus des pincements au cœur que du pardon nostalgique. Que le fan passionné et amoureux aveugle me pardonne mais le temps rattrape toujours les idoles.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Grrr! (Virgin) A paraitre dès le 12 novembre. Plus d’informations ici.

Le site officiel des Rolling Stones

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