Emily Loizeau – De l’harmonie du vol chagrin

Elle s’envola en 2006 pour L’autre bout du monde, premier disque majestueux publié sur le label Fargo, et réalisé par Franck Monnet; l’un des plus grands auteurs compositeurs interprètes français sous-estimé au monde. Voix enfantine, timbre confiant, mélodies fabulistes et joliment étoffées, Emily Loizeau traçait déjà une jolie passerelle entre la chanson et le folk, perpétuant en musique son héritage familial « anglofrancophone ». Puis, en 2009, ce fut l’ébahissement. La confirmation, la claque émotionnelle. Avec Pays sauvage, splendide et lumineuse traversée enregistré entre la capitale, l’Ardèche et la Réunion, Emily Loizeau conviait Thomas Fersen ou Danyel Waro dans sa virée blues-folk onirique, roulant bon train grâce à la bonne mécanique acoustique prodiguée par une poignée de musiciens venus de Moriarty. Ceux qui l’ont vue sur scène peuvent témoigner de la ferveur de l’artiste à créer un relief mélodique fort, à la fois frêle et familier, porté par un spleen paradoxalement étincelant.

Bref, autant dire que j’attendais Mothers and Tygers de pied ferme. Histoire de pouvoir redire haut et fort qu’Emily Loizeau est infiniment supérieure au phénomène Camille, autre belle artiste voguant entre le français et l’anglais, elle-même grande tornade émotionnelle et vocale ayant balayé la critique et le public jusqu’à en donner (parfois) le tournis. Question d’audition. Après tout, la beauté reste un point de perception subjective.  Parce qu’il existe dans sa discographie pourtant courte une notion d’indicible, qui parle à tous et qui ne s’explique pas,  Vole le chagrin des oiseaux, chanson annonciatrice apparue dans le courant de l’été, synthétise à elle-seule la force émotionnelle d’Emily Loizeau. Devant laquelle on ne peut que s’agenouiller:

Sans doute est-ce pour cela que je fais un tout petit peu la fine bouche à l’écoute de ce troisième opus, enregistré dans la chaleur douillette de sa maison ardéchoise. L’apparat y est toujours aussi minimaliste mais la surprise moindre. Dans un cocon alangui où l’émoi sert de rempart duveteux, on se blottit sans problème dans un ensemble indéniablement harmonieux. Oui, Emily Loizeau garde une prédilection pour les ballades et les comptines qui cachent, bien souvent, de douloureux secrets et déchirures (The Angel, Two envelopes). Et oui, il est vrai que Marry Gus and Celia, la chanson en duo avec Camille (qui, tiens, est venue poser son amicale voix), est magnifique.

Écoute de Marry Gus and Celia

On suit volontiers Loizeau , pudique guide en retenue, dans ce registre intime et délicat pour lequel elle est aujourd’hui reconnue. On la suit mais on est tenu par la main. Si, au fil de l’écoute, certains titres suscitent un ravissement attentif, d’autres tutoient moins les hauteurs, animales et poétiques, que visaient autrefois la céleste Emily ; l’émotion se faisant plus désirer que de coutume. Ce n’est pas un mal car Emily Loizeau vole encore bien au-dessus des chanteuses actuelles.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Mothers and Tygers (Polydor/Universal), disponible depuis le 10 septembre 2012. En écoute ici.

Le site officiel d’Emily Loizeau

Crédit photo: Sébastien Jaudeau

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