Un goût de déjà-vu
Ces temps-ci, soit je deviens un vieux con soit je trouve qu’il y a comme un arrière-goût des années 80 à Hollywood. Les années 80, c’était l’époque où l’acteur Ronald Reagan devenait président et faisait plein de trucs que font les républicains convaincus (augmenter les dépenses militaires, soutenir les mouvements anticommunistes, déclarer que tous les grévistes qui ne reprendraient pas leur travail seraient licenciés…). Dans les années 80, les franchises comme Superman, Rocky ou Star Trek faisaient la loi sur grand écran; Amblin et les productions Spielberg aussi (Les Goonies, Gremlins). Soit une ère de l’entertainment de masse où le pop-corn coulait à flot dans les salles, où les campagnes de promotion intensives envahissaient toute surface murale possible d’être recouverte, et où le merchandising trônait fièrement sur toutes les bonnes étagères sans qu’on vous traite de geek à tout bout de champ. Ce fut aussi le temps où l’on oublia la période, inconsciente, où l’on conciliait films d’auteurs et grand public, avec des productions comme Le Parrain ou Voyage au bout de l’enfer.
En résumé, les années 80 furent le début du baromètre où on jugeait votre film lorsqu’il dépassait la barre des 100 millions de dollars de recettes. A partir de là, on misait clairement sur un succès déclinable, histoire de ramasser le maximum de brouzouf pendant qu’il en était encore temps, et on s’en allait ailleurs parier sur un nouveau filon. Bon d’accord, Hollywood a toujours envisagé le cinéma comme une industrie. Mais il fallait voir comment on fructifiait les titres rien qu’en changeant de numéro. Vous trouverez en bas de post un petit nota benêt avec quelques exemples de films à l’appui.
Soyons un peu sympa et pesons le pour et le contre. Oui, les années 80 ont également vu l’essor de grands auteurs comme Jim Jarmusch, les frères Coen, David Lynch ou Gus Van Sant. Et oui, on n’est jamais (mais alors au grand jamais) contre un marathon en compagnie de Marty McFly ou un deux millième visionnage de Roger Rabbit. Mais ce qu’il faut remarquer en ce moment, c’est que non seulement Hollywood s’en retourne à une tendance où les films doivent être déclinés en d’innombrables suites mais c’est pour qu’ils soient en plus remakés puis rebootés par la suite. Je passe évidemment sur la réunion exceptionnelle de toutes les stars du cinéma d’action de ces années-là réunies dans Expendables qui a fait la joie de tous ceux qui avaient des posters de mecs bodybuildés au-dessus de leur lit…
On ne finance plus, ou peu s’en faut, de projets originaux. A ce jour, ce sont MIB 3, L’âge de glace 4, Madagascar 3, The Dark Knight Rises, The Avengers ou The Amazing Spider-Man qui ont pris la tête du box-office de l’année 2012.
Hollywood tourne en rond
Premier constat : on ne vous finance que si vous venez du clip ou que si vous voulez réaliser des films de super-héros; et tant pis si on ne rentre pas totalement dans ses frais par rapport au budget alloué. Cela donne parfois des trucs aberrants comme la Warner qui lâche 200 millions de dollars pour financer un gros machin comme Green Lantern qui finit sa course avec 221 millions de dollars de recettes ; je vous laisse faire le calcul de l’intéressement d’un projet pareil. A côté de cela, vous vous appelez Terry Gilliam et vous galérez à trouver un financement pour votre nouveau film. Bref.
Deuxième constat : on ne vous finance que si vous êtes désireux de refaire ce qui a déjà été fait avec succès. Matt Damon ne veut plus faire d’épisode de Jason Bourne ? Pas de problème, on prend un autre acteur et on repart de plus belle. Et puis tiens, on n’a qu’à sous-titrer cela "L’héritage", histoire que les gens fassent le lien. Ça, c’est la manie du reboot : on ne prend aucun risque, on ne prend même pas un vieux film pour le réactualiser (comme avait pu le faire Soderbergh avec Ocean’s Eleven ou John Sturges avec Les Sept mercenaires) et en faire un remake mais on reproduit une histoire que tout le monde connaît déjà par cœur : Robocop, Total Recall, Police Academy, La Momie… tout est bon à prendre pour recommencer à zéro. Pour un peu, on nous rebooterait SOS Fantômes tout ça parce que Bill Murray n’a pas voulu signer pour un troisième volet. Ajoutez à cela l’extension de grosses productions – récentes et anciennes- en 3D et vous tirez le jackpot.
Troisième constat : Hollywood presse le citron de ses franchises juteuses jusqu’à la dernière micro-goutte et tronçonne ses derniers volets en plusieurs parties (Harry Potter, Twilight). Dernier exemple en date ? Bilbo le Hobbit. On peut en penser ce que l’on veut d’un type comme Peter Jackson mais lorsqu’il adapte l’ouvrage le plus court de tous les ouvrages de Tolkien dont l’action se déroule dans la Terre du Milieu, il est tenu d’en réaliser trois volets. Riche moyen de capitaliser par sécurité le public jusqu’en 2014.
Dernier constat et non des moindres : Hollywood n’a plus rien à nous raconter depuis les années 2000. Plus rien du tout. C’en est même assez pathétique. On en vient à trouver que des films qui datent des années 90, comme American Beauty, Little Odessa, Seven, Le Patient Anglais ou Pulp Fiction, et qui promettaient le retour d’une période où on misait (un peu) sur des projets originaux, paraissent incroyablement éloignés. Désormais, les films « originaux » ou « risqués » se produisent selon le bon vouloir des stars comme Leonardo Di Caprio ou George Clooney. Pendant ce temps, les scénaristes et le gotha hollywoodien, depuis les réalisateurs jusqu’aux acteurs, migrent vers la télévision pour se refaire une santé. Michael Mann, Martin Scorsese, Philip Kaufmann, Steve Buscemi, Kate Winslet, Dustin Hoffmann…Quand on voit le carnet d’adresse d’HBO, c’est à donner le tournis.
Donc soit je suis un vieux con soit nous assistons à une sévère paupérisation du cinéma hollywoodien. Dans les deux cas, c’est triste.
Jeoffroy Vincent
-Michael Myers a fêté cinq fois la nuit d’Halloween (ceux qui se sont plaint, on ne les a bizarrement plus entendus),
-Rambo a repris deux fois les armes (quand bien même ce n’était "pas (sa) guerre"),
-Ralph Maccio a appris trois fois à devenir un Karaté Kid.
- Les Dents de la mer ont mordu en 3D et une quatrième (et dernière) fois (pour la revanche).


