How I Met Your Mother – Eight years after…

C’est, avec Mon oncle Charlie, l’autre sitcom phare de la chaine CBS. Voire même celle du moment. Alors qu’elle est repartie pour une huitième saison, Gammazik fait pause et s’attarde sur les points forts et faibles de How I Met Your Mother. Précaution d’avant lecture: cet article spoile volontairement quelques éléments du récit.

Le syndrome de la sitcom post-Friends

Sept saisons au compteur et une huitième qui commence. Sept années pas toutes aussi "awesome" ou "legendary" que ne le voudrait Barney Stinson mais, en dépit de ses évidentes paresses narratives, suffisamment fédératrices pour que l’on continue à suivre les pérégrinations de nos six new-yorkais. Aux dernières nouvelles, Ted n’a pas encore rencontré la mother de ses enfants, Barney garde toujours une notion instable de l’amour et Robin s’accroche désespérément à sa vie professionnelle. Seuls Marshall et Lily, le ciment romantique du groupe, marchent droit dans les clous des conventions familiales (mariage, maison, bébé…). Et, à la vision du season premiere diffusé le 24 septembre dernier, il y a peu de chances pour que ça bouge.

Depuis ses débuts, How I Met Your Mother souffre à l’évidence d’une comparaison flagrante avec Friends. Soyons sérieux : mis à part Cheers, il faut reconnaître que le postulat des six amis qui se retrouvent dans un bar et qui vivent (presque) tous en colocation à New-York m’évoque Friends à chaque fois que je regarde un épisode de HIMYM. On pourra me dire ce qu’on veut au sujet de Barney Stinson mais il n’est qu’une pâle copie déviante de Chandler Bing qui, lui aussi, use d’une logorrhée verbale et comique pour cacher son mal-être. A l’évidence, ou du moins dans mon cœur, la série de David Crane, Marta Kauffman et Kevin Bright n’a toujours pas réussie à être détrônée. Peut-être parce qu’elle était un peu plus qu’une sitcom avec rires en boîte mais une série qui réussissait à insérer des plages dramatiques sans que cela ne vienne altérer son pouvoir comique. Soyons honnête également : si elle demeure plaisante à regarder pour son art, maîtrisé, de la digression, HIMYM  ronronne sévèrement depuis (au moins) trois saisons.

"Wait for it… Hmm, nothing in fact"

Le problème avec HIMYM n’est pas tant sa trame romantique dont l’issue se fait attendre. Tout est dans le titre. Le problème n’est même pas d’étirer cette trame au maximum ou de la mauvaise façon; que Ted tarde à rencontrer la femme de sa vie est une chose sur laquelle, selon le renouvellement de la série pour une ou deux ou trois saisons supplémentaires, on pourra toujours discuter. Lorsque Ted s’interroge sur l’évolution de sa vie sentimentale, quand bien même l’on sait que sa relation du moment ne pourra pas durer, il y a quelque chose qui fonctionne malgré tout : ses interrogations, irritantes ou légitimes, alimentent tant bien que mal le moteur de tout le récit. Idem pour Marshall et Lily dont le couple, déjà vieux, paraît suffisamment solide pour surmonter les obstacles. Non, bizarrement, le problème de HIMYM -et paradoxalement ce qui a contribué à faire son succès- c’est Barney Stinson.

Comprenons-nous bien : si Barney est populaire chez le spectateur, c’est en raison de son caractère comique forgé sur l’excentricité et l’étalage de ses exubérantes prouesses sexuelles. Parce qu’il reste dans tous les cas un marginal au sein du groupe, au point d’en récolter souvent tout le mérite comique. Le fait de lui plaquer une relation sentimentale convenue pour l’installer avec Robin ou, plus tard, Nora, enlève non seulement le sel de son personnage et, conséquemment, son seul intérêt. Et le faire jouer sans cesse à « Je t’aime, moi non plus » avec la journaliste canadienne dont il aime méchamment se moquer ramène Barney sur le banc des clichés.

C’est d’ailleurs bien là la faiblesse d’un personnage somme toute sympathique et qui m’a valu bien des fous rires*: lorsque les scénaristes veulent l’habiller autrement qu’en costume, et jouer la carte de l’émotion, ça sonne incroyablement…bidon. Seule Quinn la strip-teaseuse, pour des raisons évidentes, trouvait une certaine cohérence face à mes yeux.

« Say whaat ? »

Je vous entends déjà grommeler une phrase comme « Et alors, si tu trouves ça si pourri, pourquoi tu continues à regarder ? ». Parce que, même si HYMYM est risible dans ses moments d’émotions et qu’elle bâcle souvent la résolution de ses arcs de débuts de saison, j’aime la façon dont la série de Carter Bays et Craig Thomas s’enrichit sur une construction monumentale d’anecdotes tout en s’amusant à disséquer cette somme devant nous. Parce que les problématiques des personnages ne sont pas branchées sur le réel du monde dans lequel on vit mais elles trouvent parfois de l’écho dans mon petit cœur d’artichaut. Parce je suis faible; je ne peux pas éternellement me refaire l’intégrale de Friends à chaque fois que j’ai envie de rire.

Enfin parce qu’à la vision du season premiere, au demeurant pas si mal, je me suis dit que les scénaristes avaient peut-être entendu ma remarque ci-dessus (le fait que le récit ronronne depuis trois saisons) et qu’ils avaient décidé d’y remédier.

* Les fous rires mentionnés plus haut :

-Lorsque Barney apprend à conduire au volant de la Fiero (Arrivederci, Fiero, saison 2)
-Lorsque Barney ne parvient à se lever après avoir couru le marathon de New-York (Lucky Penny, saison 2)

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur 

How I Met Your Mother (2005,  8 saisons, toujours en production). Série télévisée américaine créée par Carter Bays et Craig Thomas et diffusée depuis le 19 septembre 2005, sur CBS.

Saison 8 en cours de diffusion depuis le 24 septembre 2012. Intégrale des saisons disponible ici.

Le site officiel de How I Met Your Mother

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