Absynthe Minded – L’élégance de l’esprit absent

Worst case scenario

Il y a presque vingt ans de cela, lorsque l’on s’est aperçu que le rock anglo-saxon tournait un peu en rond, les regards et les oreilles se sont tournés vers la Belgique. Comme à l’époque de l’explosion de Nirvana dans les charts, où les gens voyaient arriver en masse dans leurs bacs des groupes labellisés grunge tous droits venus de Seattle, du plat pays semblait subitement venir une multitude de groupes, qualifiés d’inventifs par une presse hexagonale visiblement en manque de génies à encenser. De Belgique, donc, provenait le son, électrique et aigu, d’un violon qui imposait de sa régulière cadence un bourdon strident au sein d’un chaos monumental et jouissif. Ce son fut celui de la chanson Suds and soda du groupe dEUS, depuis érigé comme tête de file d’une scène belge qui n’a de rock que l’étiquette qu’on veut bien lui attribuer. Petit rappel de circonstance, Suds and soda, ça donne cela :

Depuis, non seulement l’effervescence médiatique autour de dEUS s’est clairement refroidie mais parler de la scène rock belge en est devenu aussi risible que de mentionner Radiohead comme un groupe de rock. Cela ne veut rien dire. Pourtant c’est en ces termes qu’Absynthe Minded fut présenté en France. Ironique étiquette lorsque l’on écoute My heroics, part one, la (sublime) chanson qui intronisa ce joli quartet au confluent d’influences aussi diverses que variées.

Les effluves de la fée verte

Qu’importe donc le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse : la bande de Bert Ostyn s’est toujours enivrée du mélange des genres, depuis l’efficacité d’une pop légère à l’exubérance de la musique tzigane jusqu’à un jazz feutré et désabusé. Le retour d’Absynthe Minded est un pied de nez à ceux qui veulent absolument ranger chaque phénomène grandissant dans un tiroir clé en main. Après un album éponyme paru il y a trois ans, et qui synthétisait à merveille cette somme d’influences qui agitent le groupe, Absynthe Minded a sorti le grand jeu de l’élégance. D’aucuns diront qu’il s’agit d’un disque de pop classique, plus policé. D’autres diront qu’il y a dans cette sixième galette une cohérence nettement assumée mais également de quoi apprécier tout le savoir-faire de musiciens au sommet de leur art .

Écoute de End of the line

Même dans leurs morceaux les plus posés, il y a chez Absynthe Minded cette force de l’exécution qui ne quitte pas l’auditeur une seule seconde. Il ne s’agit pas d’une démonstration affirmant que les belges maîtrisent sur le bout de la cadence un tempo se modulant à merveille mais bel et bien d’un exemple, désarmant, du flagrant talent de ce groupe conquérant. Un groupe qui n’a jamais cherché à suivre une tendance ou un quelconque courant, se laissant porter par les effluves de ses propres humeurs.

Écoute de Little Rascal

C’est évidemment sans compter sur le talent de songwriter de Bert Ostyn qui, selon les intonations, sonne étrangement à la manière du jeune et autrefois prometteur Chris Martin. Les méandres amoureuses ou les expectatives existentielles sont toujours la base de l’écriture brève et imagée du chanteur. Ce par quoi l’esprit est traversé, Absynthe Minded réussit toujours à le rendre présent. Tangible et évident dans un espace où nous sommes tous structurés par l’expectative.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

As it ever was (AZ/ Universal), disponible depuis le 17 septembre 2012. En écoute ici.

Le site officiel d’Absynthe Minded

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