Game of Thrones – Oui, d’accord. Mais…

Il existe toujours la série du moment qu’il faut suivre absolument, sous peine de passer déjà pour un has been après diffusion de trois épisodes.  A fortiori lorsqu’il s’agit de HBO qui a, il faut le reconnaître, la monomanie de vouloir imposer dès chaque rentrée LA série évènement de plus à son tableau de chasse. Ce n’est donc que maintenant qu’on décide de parler de Game of Thrones, histoire de minimiser un engouement légèrement disproportionné pour une œuvre qui, reconnaissons-le sans vouloir jouer les rabat-joie, ne manque pas de qualités.

Médiévale fantaisie

Donc Game of Thrones. La série qui fut encensée par tous les médias de France et de Navarre avant même sa diffusion. Parce que HBO, parce que gros moyens et parce que univers alléchant. Parlons-en d’ailleurs de cet univers : à la télévision, dresser le camp de sa narration dans un cadre médiéval et fantastique a toujours accouché, dans les séries télévisées, d’un objet soit informe, soit kitsch soit laid. Voire les trois en même temps. Il faut dire que Xena La Guerrière avait fait beaucoup de ravages en passant par là et que, à part la plastique de Lucy Lawsless, il n’y avait rien à sauver.  D’un point de vue esthétique, justement, GOT est donc tout sauf toc. Dès la scène d’introduction du pilote, la série donne le ton d’un style qui ambitionne nettement une exigence cinématographique, avec des plans larges et amples, une photographie soignée aux petits oignons ainsi que des décors à foison. Sans parler de la caution "seigneuriale" avec la présence de Sean "Boromir" Bean au générique.

Adaptée de la somme monumentale et littéraire de George Martin (qui partage avec Tolkien aussi bien les RR comme initiales de deuxième prénom qu’une prédilection pour les personnages en errance initiatique), GOT raconte d’abord l’histoire d’un territoire. Un territoire immense, obscur et touffu, peuplé de maisons (comprendre famille) qui se disputent chacune à leurs manières la régence des sept royaumes. L’objectif ultime étant d’accéder au fameux Trône de Fer qui permet de régner sur la totalité des royaumes, et pour lequel chaque protagoniste assoiffé de pouvoir possède une raison bien à elle d’en être légitime. C’est bien simple, lorsque le spectateur n’est pas baladé d’un royaume à l’autre, il suit les déambulations géographiques de tous ces peuples qui se font la guerre en dressant des sièges un peu partout sur leur chemin, dans une période médiévale oubliée.

Le spectateur, toujours lui, est également – et rapidement- mis au cœur des enjeux qui animent la pléthore des personnages composant la série. Parmi elle figure Jon Snow, le fils illégitime de Ned Stark parti rejoindre la fratrie de la Garde de Nuit, qui doit valoriser son patronyme pour prouver qu’il est autre chose qu’un bâtard. Il y a Ned Stark (Sean Bean) justement, patriarche de la maison Winterfell, précipitamment appelé pour être la Main du Roi Robert Baratheon à Port-Réal. Port-Réal, bastion de la famille tyrannique des Lannister, avec ses parents tous aussi cruels et décadents les uns que les autres. Mention spéciale à Joffrey : je crois c’est la première fois que je souhaite la mort d’un gosse à la télévision (à côté, même Nellie Olson fait figure de vulgaire pisseuse).

Impossible de survoler la pléthore de personnages sans, tout de même, mentionner dans les présentations Tyrion Lannister, nain au cynisme redoutablement savoureux et exception humaniste de la dynastie, ainsi qu’Arya Stark, la cadette apatride au caractère masculin et dont l’errance est riche en rebondissements. De loin les deux seuls personnages les plus sympathiques et qui parviennent à imposer leur potentiel dans toute cette somme d’arcs narratifs qui s’entrecroisent. Et puis, un peu plus loin, les parias du lot exilés dans le désert : les Targaryens, descendants supposés de lignée des Dragons, qui composent presque à eux-seuls leur propre show.

Coups d’épée et gros sabots

C’est indéniable, il y a dans la série développée par le romancier et scénariste David Benioff (on lui doit l’excellent La 25ème heure) la matière ambitieuse d’un univers à l’extension passionnante et foisonnante. Foisonnante de personnages, d’intrigues et d’espaces. Si elle s’attache à démontrer les rouages structurels et politiques de chacun des royaumes (remémorez-vous la scène où Bran apprend avec son tuteur toutes les maisons et les devises de celles-ci) sans miser sur la magie, GOT ne peut s’empêcher de se dépêtrer du poids formel qu’elle porte sur ses épaules. Parfois au risque de sacrifier ce qui se déroule au sein de tous ces espaces qu’elle s’évertue, si soigneusement, à nous présenter. Cela donne des intrigues à tiroirs bien souvent plaisantes à suivre, selon les niveaux d’intérêts ou d’empathie du spectateur pour les personnages, mais qui demeurent enrubannées dans un visuel classieux au découpage parfois conventionnel. Car la grande force de GOT est parallèlement sa plus grande faiblesse : à vouloir imposer un univers étendu et qui se veut complexe (HBO n’ayant pas encore livré de série médiévale), la série ne tient pas toujours les promesses de proposer autre chose qu’un objet qui se contemple plus qu’il ne donne à réfléchir.

Paradoxalement, GOT n’est jamais meilleure que lorsqu’elle concentre son potentiel et ses thématiques autour du pouvoir en huis-clos. Par exemple, tout l’arc narratif de la saison 2 où Arya Stark devient l’échanson de Tymin, le patriarche de la maison Lannister, est grandiose. Suspense, tensions, rebondissements feuilletonesques… ajoutez à cela la noirceur des décors qui illustre parfaitement la mise en abyme vers l’âge adulte du personnage (Maisie Williams, juste parfaite) et l’intérêt décolle. Ou bien lorsque Tyrion, devenu la Main du Roi Joffrey, utilise sa ruse ingénieuse pour contrecarrer la tyrannie de sa propre famille ; dans Blackwater (saison 2, épisode 9) se déroulant quasiment en temps réel, le personnage est simplement magnifique en figure héroïque involontaire. Impeccable, sobre et pourtant cabotin, Peter Dinklage est, réellement, un atout de qualité qui vaut presque à lui seul de suivre la série.

Ce qui m’empêche de considérer GOT comme une exceptionnelle série, c’est qu’elle a tendance également à privilégier certains clichés – notamment des scènes de sexe parfois racoleuses pour (désolé de ce qui va suivre) boucher les trous d’air narratifs- qui siéent parfaitement au cahier des charges du câble. Comme si développer une série médiévale nécessitait, obligatoirement, le besoin de mettre en scène des quart-d’ heures boucherie avec dézinguages de tripes et litres de sang sur le sol pour rendre le tout crédible.

De la part d’une maison qui nous a autrefois proposé Les Soprano, The Wire, Deadwood ou même Six Feet Under, on est donc en droit d’être amplement exigeant. GOT n’est pas (encore) la série exceptionnelle telle qu’on a pu nous la vendre. Seulement une série divertissante disposant de moyens extraordinaires.

Jeoffroy Vincent

A bon entendeur

Le Trône de fer (Game of Thrones). 2010. 2 saisons, toujours en production. Série créée par David Benioff et D. B. Weiss, d’après la saga littéraire de George R. R. Martin.

Avec Sean Bean, Peter Dinklage, Michelle Fairley, Lena Headey, Mark Addy, Emilia Clarke.

Saison 1 disponible en DVD ici, bientôt diffusée sur Canal Plus. De retour sur HBO à la fin mars 2013.

Le site officiel de Game of Thrones

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2 thoughts on “Game of Thrones – Oui, d’accord. Mais…

  1. Bonjour,

    Ce qui est d’autant plus dommage avec les "scènes de sexe racoleuse", c’est qu’elles prennent la place de scènes du livre bien plus utiles du point de vue de l’intrigue. Les "trous narratifs" n’ont aucune raison d’être dans l’adaptation audiovisuelle, étant donné le contenu du livre. Ce sont clairement de choix de "fan-service".

    D’une manière générale, il est dommage que la série introduise des clichés qui n’existaient pas dans les livres. On peut trouver l’explication dans la volonté des scénaristes et producteurs de la série de "simplifier" pour ne pas perdre les spectateurs, je pense. Rendre à l’écran une œuvre pareille est vraiment très difficile.

    La saison 1 était vraiment bien, et était un excellent incitant à lire les livres (que j’ai connus bien avant la série sur HBO). La 2e saison s’embourbe un peu avec tous les nouveaux personnages et sous-intrigues. Elle est selon moins excitante que la saison 1 et que le livre correspondant.

    Bonne journée,

    Nicolas

    Réponse
    • Bonjour Nicolas,

      Étonnamment, j’ai préféré suivre la saison 2 car il y avait ce qui manquait dans la saison précédente, à savoir une mise en forme réussie des tensions (j’ai mentionnée celle autour d’Arya et de Tyrion car elles me paraissent vraiment réussies); beaucoup de nouveaux personnages et de sous-intrigues viennent, parfois, prendre de la place aux storylines des autres protagonistes et on peut s’en lasser. GOT reste une série qui se regarde sans déplaisir, c’est certain, mais je pense que HBO est capable de faire autre chose que de se reposer sur ses lauriers, surtout quand on voit des œuvres comme Carnivale, Deadwood ou Les Soprano. Qui, certes, ne sont pas toute des adaptations mais qui avaient des qualités plastiques et narratives.

      Tout à fait d’accord qu’une telle œuvre ne peut, de toute façon, être retranscrite en l’état, même dans un format série qui inclue une longévité forcément plus grande que pour un film.

      Réponse

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